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L’histoire de l’enseignement bilingue en Bulgarie est ancienne,
parmi les plus anciennes d’Europe. Elle appartient à la première génération des
établissements bilingues européens qu’une rapide typologie permet de
dresser :
- La première génération, la plus ancienne, est celle qui date de
plus d’un siècle : c’est le cas d’un grand nombre d’établissements
bilingues au Liban, en Turquie, en Palestine, en Egypte… L’origine de ces
établissements est souvent religieuse et la plupart d’entre eux ont été
fondés par des congrégations religieuses au XIXème siècle. C’est le cas
par exemple en Bulgarie.
- La deuxième génération d’établissement est constituée de ceux qui
ont été fondés après la deuxième guerre mondiale, ceux qui ont trente ou
quarante ans en 1999.
- Il y a enfin la troisième génération, celle des établissements
nés après 1988-1989, comme en Tchékie, en Hongrie….
Cette
histoire de l’enseignement bilingue est liée à l’histoire religieuse de
l’occident dans son rapport aux empires musulmans. En Bulgarie, elle est
plus précisément liée aux tentatives prosélytes de la papauté d’accroître
une influence sur des terres orthodoxes sous la domination de puissances
terrestres musulmanes.
Des
racines plongeant dans le XIXème siècle
Elle
commence avec la fondation des collèges catholiques dans l’Empire Ottoman
pendant la deuxième moitié du XIXème siècle. En 1862 est fondée la
Congrégation de l’Eglise d’Orient sous la protection du pape Bénédicte XV.
Cette congrégation s’occupe alors des écoles catholiques non seulement à
Istanbul, mais aussi en Egypte et en Syrie. Pour les Balkans, elle a la
responsabilité notamment de l’Albanie du Sud, de la Grèce,
particulièrement Chypre, et de la Thrace Orientale.
Les
débuts de ces écoles catholiques en Bulgarie doivent se chercher dans le
cadre de l’Empire Ottoman dont faisait partie les territoires bulgares.
Dans les années 1840, la politique française commence à s’amplifier grâce
aux missions catholiques et à l’Agence polonaise de Tchaika Tchaikovski,
ouverte en 1843 à Istanbul. Les premiers Bulgares sont admis à l’école
Saint-Lazarre à Bébek. Observant l’état de l’éducation bulgare Tchaika
Tchaikovski proposa au Premier ministre français Guizot un projet pour le
développement de l’éducation bulgare sous l’influence française. Des
représentants de l’intelligentsia bulgare avaient terminé leurs études à
Paris et à Marseille. Dans la période de 1841 à 1846 le nombre des
Bulgares s’élevait progressivement dans les écoles françaises catholiques
à Istanbul et Thessalonique.
Le
rôle fondateur des congrégations assomptionnistes
L’
établissement de premier ordre est alors l’école des Augustins de
l’Assomption. Cette congrégation française fondée à Nîmes en 1845 avait
des représentants dans les Balkans depuis 1863. La première école est
fondée à Andrinople (Thrace Orientale). Elle fonctionne au début d’après
le système allélodidactique, très pratique et l’enseignement se fait en
bulgare. En 1867 l’école des Assomptionnistes a deux sections -
bulgare et française (dans cette dernière on enseigne huit langues).
L’école des Assomptionnistes à Andrinople existe jusqu’aux guerres
balkaniques (1912-1913).
Un
établissement semblable à celui des Assomptionnistes est fondé à Plovdiv.
Cette école sera plus tard appelée le collège « St Augustin de
l’Assomption ». Il est réputé pour les connaissances très solides qu’il
dispense en français (la langue principale à partir de 1870). Collège
depuis 1884, après la libération du joug turc en 1878, il est reconnu
également par le gouvernement français et le gouvernement austro-hongrois.
En 1897 le ministère des Affaires étrangères de Sofia accorde la
permission aux Assomptionnistes de délivrer des diplômes d’études
secondaires.
Une autre
école est fondée à Sofia en 1881 par un Assomptionniste, mais en 1885 elle
passe sous la direction de la congrégation des « Frères des écoles
chrétiennes », fondée par le théologien Baptiste de la Salle (1654 –1719,
canonisé en 1888). Jusqu’au XVIIe siècle l’activité de cette congrégation
n’était connue qu’en France.
En 1881 –
1882 il y a deux écoles catholiques à Sofia : une pour les garçons et
l’autre pour des filles. En 1882-1883 des écoles semblables sont fondées à
Varna et à Roussé. En 1926 – 1928 le nombre des écoles françaises est
évalué à 23 dont 5 écoles maternelles, 10 écoles primaires et 8 collèges.
Lors de la fermeture du collège Saint Joseph à Sofia, il comptait 1046
garçons qui après la classe d’études élémentaires, passaient dans celle
semi-classique, qui à partir de 1938 fut subdivisée en «classique » et
ainsi dite « réale». Au début, dirigée par des Frères des districts de
Belgique et d’Autriche et des Frères Français comme auxiliaires, l’école
fonctionne comme bilingue (français et allemand). A partir de 1916 elle
est dirigée par les Frères des districts de Constantinople, avec le
français comme langue d’enseignement, mais sans que les autres
langues soient négligées.
L’activité des Assomptionnistes va alors de pair avec celle des « Sœurs
Oblates-Assomptionnistes » (la fondation de cette Congrégation se situe
également à Nîmes en 1863). Celle-ci organise en Bulgarie des
établissements scolaires dans 8 pays d’Orient, toujours dans les limites
de l’Empire Ottoman. En Bulgarie ces sœurs ont une école primaire à Yambol
(Bulgarie du Sud) et une autre à Varna (avec environ 500 élèves). Elles se
sont installées principalement à Roussé, remplaçant les missionnaires
catholiques anglaises qui les avaient précédées dans l’école des jeunes
filles.
Une autre
Congrégation est celle des « Sœurs de Saint Joseph de l’Apparition ». Sa
fondatrice Sainte Emilie de Vialar (1797-1856) était originaire de Gaillac
sur le Tarn où se trouvait également la première maison de cette
Congrégation. La présence des sœurs de Saint Joseph en Bulgarie date de
1866 lorsque commence à fonctionner l’école des jeunes filles à Plovdiv,
puis à Sofia 1880-1881 et à Bourgas en 1891. Il y a alors également des
classes d’un cours élémentaire ainsi que des classes qui préparent au
diplôme d’études secondaires (section semi classique, puis à partir de
1938 – classique et « réale »).
Dans la
deuxième moitié du XIXème siècle et au début du XXe siècle fonctionne à
Galata-Saray, près d’Istanbul une école civile turco-française, appelée
« Lycée impérial ottoman » où font leurs études les représentants de la
future intelligentsia bulgare.
Dans
l’Etat moderne bulgare du début du XXème siècle, le Ministère de
l’instruction publique est chargé de contrôler l’activité des écoles
catholiques et d’établir des accords avec leurs directeurs. A partir de
1930, les écoles de Sofia, Varna et Roussé devenues collèges y compris le
collège de Plovdiv reçoivent la permission de délivrer des diplômes à la
fin des études secondaires. Ces diplômes bilingues sont délivrés à la
suite des examens de fin d’études. A côté des professeurs bulgares
travaillent des délégués des gouvernements bulgare et français. Les
programmes des écoles bulgares d’Etat et ceux des écoles françaises sont
légalisés. Dans les écoles catholiques en enseigne le français, l’histoire
et la civilisation françaises. Les méthodes d’enseignement des écoles
françaises catholiques sont conformes aux exigences de la science
pédagogique à l’époque dans les écoles bulgares. Quant aux professeurs,
par exemple à l’école des Frères des écoles chrétiennes, il y a au
commencement seulement 4 enseignants, dont un Allemand, un Français et
deux Autrichiens.
Cette
politique se fait toujours sous la protection du Vatican : la grande
période est celle de l’apostolat du cardinal Angello Giuseppe Roncali,
futur pape Jean XXIII, qui quitta la nonciature de Sofia pour celle
d’Istanbul en 1935. Les représentants officiels de l’Angleterre, de
l’Autriche et de la France signent les diplômes qui sont aussi reconnus.
Ces représentants français sont surtout issus de l’Alliance Française ou
de l’Institut Français de Sofia, lesquels entretenaient aussi des
relations suivies avec les écoles françaises.
En 1891
la princesse Clémentine, la mère du prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha
(prince de Bulgarie en 1887-1918 et roi en 1908) prend soin de recueillir
de grandes sommes d’argent pour que l’on puisse achever les bâtiments de
l’école des Frères des écoles chrétiennes. La plupart des élèves sont
d’origine étrangère et des bulgares des familles aisées. On peut dire que
les écoles catholiques au XIXème siècle contribuent massivement au
rayonnement de la culture française en même temps qu’elles participent,
par les idées qu’elles véhiculent au réveil national.
Ces
écoles ont existé 80 ans. Les représentants de toute l’intelligentsia
bulgare ont fait leurs études en France, en Suisse et en Belgique. La
chaire de philologie romane à l’Université de Sofia est fondée comme un
centre élitaire de l’enseignement du français, de la langue, de la
littérature et de la culture françaises en 1924.
Une
volonté d’ouverture sociale des enseignements bilingues après 1948
En 1948
par un décret du gouvernement communiste toutes les écoles « étrangères »
sont liquidées. Les missions quittent le pays.
Le 15
février 1950 ouvrent les portes du premier lycée de langues étrangères
(respectivement le français, l’anglais et l’allemand) à Lovetch.
L’expérience de ce premier lycée autorisé par le gouvernement communiste
se multiplie progressivement et au cours des années 60, les lycées
bilingues sont en nombre 8 pour les trois langues (allemand, anglais et
français) dont 5 pour le français. Ce sont les lycées de Varna, de Sofia,
de Sliven (1973), de Stara Zagora et de Vratza.
Les
élèves doivent se présenter à un concours basé sur des épreuves écrites de
bulgare et de mathématique. C’est à cette époque qu’apparaissent les
classes préparatoires avec un cursus intensif de langue étrangère. Cette
année préparatoire dite aussi « année zéro » et récemment baptisée 8ème
classe est accessible après 7 ou 8 ans de scolarité et sur concours.
L’instauration de cette année préparatoire, dite aussi année « 0 » pendant
laquelle on apprend très intensivement la langue choisie (22 périodes par
semaine) est politique : à l’origine elle constitue le moyen d’éliminer
toute tentative bourgeoise de reconquête de ces filières d’excellence. En
effet, la bourgeoisie, avec ses acquis, pourrait avoir l’intention de
coloniser les lycées bilingues : l’idée est donc de faire tabula rasa afin
que le régime fabrique ses propres élites francophones. La formation
bilingue vise l’acquisition d’une langue étrangère où les compétences en
compréhension et expression écrites sont particulièrement développées à la
fin de l’année scolaire. Cette phase initiale prépare aux études bilingues
qui permettront d’aborder de 3 à 5 disciplines en langue étrangère. Il y
avait toujours des enseignants français pour la civilisation française et
les disciplines non linguistiques. Le quota des candidats des enfants de
l’élite est réservé jusqu’en 1989. Cette sélection s’explique surtout par
les budgets limités et par le caractère élitiste de ce type
d’établissement.
La
décennie 1990 : Un enseignement dynamique à valeur de modèle régionale
Aujourd’hui la généralisation de l’enseignement bilingue permet aux jeunes
Bulgares entre 13 et 15 ans d’acquérir des compétences solides du français
langue étrangère et d’accéder à une véritable formation à la communication
active et l’adaptation facile aux conditions de leur vie personnelle et
civique de l’Europe. En Bulgarie existent approximativement 3000 de
classes bilingues de français et 54 lycées bilingues. Dans 22
établissements notoirement réputés et aux équipes enseignantes
particulièrement francophones, les élèves sont dispensés du test
linguistique ce qui leur permet de déposer leurs candidatures aux
universités françaises sans avoir à passer le test linguistique exigible
pour tout candidat étranger. Les lycées les plus éminents sont : le lycée
« Lamartine » et le lycée « Frédéric Joliot-Curie » à Sofia, le lycée
« Saint Exupéry » à Plovdiv, le lycée 33 « Sainte Sophie » à Sofia, le
lycée « Frédéric Joliot-Curie » à Varna, le lycée de langues étrangères « Zahari
Stoyanov » à Sliven et bien d’autres.
Il y a
six langues (italien, espagnol, français, allemand, russe et anglais) pour
lesquelles il existe des lycées de langues.
Le modèle
bulgare s’exporte progressivement, d’abord en Hongrie (il y a environ
40-50 classes bilingues), en Tchécoslovaquie (25 sections bilingues dont
sept en français) puis en Pologne. Depuis peu la Macédoine se lance dans
l’aventure des lycées bilingues (début 1999). Le modèle qui s’exporte est
celui avec la classe préparatoire… Cette classe préparatoire s’ajoute au
cursus de sorte que les élèves qui font un lycée bilingue sont scolarisés
une année de plus que les autres élèves qui font un cursus normal dans un
lycée normal. Ces lycées bilingues coûte donc à l’état un an de scolarité
en plus que les autres : ils coûtent donc chers. Les élèves entrent dans
un lycée de langues sur concours dans lequel on les interroge sur la
littérature bulgare et les mathématiques. Actuellement, la perspective est
plutôt à la fermeture de classe.
D’un
point de vue social, beaucoup de bulgares estiment que pour apprendre une
langue il faut passer dans un établissement bilingue et sacrifier un an de
classe préparatoire pendant laquelle on a un enseignement intensif de la
langue choisie.
20 % de
la population scolarisée est inscrit dans un « établissement à profil de
langue » c’est-à-dire dans un lycée bilingue.
Chronologie de l'enseignement bilingue en Bulgarie
Les témoignages des archives bulgares sur l’enseignement du français
-
18 novembre 1858 : une école d’enseignement du français est
fondée à Sofia, financée par Ivan Dencooglus.
- 1860 : à Sofia existent deux écoles (collèges) ;
une pour des garçons et l’autre pour des filles.
- 1863 : ouverture du premier établissement par
une congrégation française en Bulgarie. Puis essaimage dans les villes de
Rousse, Varna, Plovdiv puis, beaucoup plus tardivement à Sofia.
- En 1880 – 1881 à Sofia, il y a 2 écoles
primaires françaises ; une pour des garçons et l’autre pour des filles.
- 1897 : double reconnaissance des diplômes
français et bulgares par les gouvernements des deux pays : c’est la
première convention qui lie la France avec la Bulgarie dans la
reconnaissance mutuelle des diplômes bulgares et français dans les pays
respectifs.
- De 1903 à 1910 sont ouvertes 2 écoles
maternelles françaises à Sofia. Les classes des écoles maternelles et des
écoles primaires françaises se forment de 12 à 18 personnes.
- En 1908 – 1909 dans une école catholique
française de Sofia il y a 1049 élèves.
- En 1921 est ouvert un lycée français commercial
pour des garçons. La même année date la fondation d’un collège français
catholique pour des filles appelé « Saint Joseph » à Sofia.
- En 1921 – 1922 est fondé le collège catholique
français « Saint Augustin » à Plovdiv.
- En 1921 un collège catholique français est fondé
à Varna. Les collèges (lycées) de 1921 proposent une durée d’études de 12
ans.
- En 1924 – 1925 sont ouverts les premiers lycées
de langue française, mais privés. Dans cette période existaient 3 lycées
français : 1 lycée de 5 ans d’enseignement pour des garçons, 1 lycée de 6
ans d’enseignement pour des filles, 1 lycée de 8 ans d’enseignement pour
des garçons.
- En 1926 – 1927 en Bulgarie existaient 7 lycées
dont 5 pour des filles et 2 pour des garçons, 1 lycée de 4 ans
d’enseignement, 2 lycées de 5 ans d’enseignement, 1 lycée de 6 ans
d’enseignement et 1 lycée de 8 ans d’enseignement. Les objectifs de
l’enseignement de ces lycées sont tout entiers tournés vers l'acquisition
des compétences de compréhension orale et écrite en français par les
élèves à la fin de leurs études.
- 1948 : fermeture des établissements des
congrégations
- 1949 : ouverture du premier lycée bilingue à
Lovetch
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